Bang Gang sortira son nouveau single le 2 Février. Il dévoilera la pochette prochainement sur son compte Facebook. Rappelons que si Barði Jóhannsson reste actif à travers ses divers projets annexes, le dernier album de Bang Gang date déjà de 2008.
MàJ : Le visuel a été posté hier sur facebook et c'est résolument sombre :
https://www.facebook.com/banggangband
MàJ2 : Le single est sorti (et c'est franchement pas mal) :
http://www.stereogum.com/1733319/bang-gang-out-of-horizon-stereogum-premiere/mp3s/
Dans la veine du précédent, un peu de pop, un peu de rock, un peu d'electro.
Zoom éclectique sur la musique indépendante ou underground (Rock, Electro, Jazz, Metal...)
jeudi 22 janvier 2015
mercredi 21 janvier 2015
[Chronique] Asgeir - In The Silence - Reflexion sur le rayonnement culturel islandais.
Plus qu'une simple chronique, cet album In the Silence est l'occasion de soulever un certain nombre de réflexions sur la domination de l'anglais sur le marché de la musique et la difficulté pour des "petits pays" comme l'Islande d'exporter leur culture en la gardant intact. Pourquoi en parler pour ce second album d'Asgeir ? Tout simplement car In The Silence est en réalité la simple traduction en anglais de son premier album Dýrð í dauðaþögn. Pas besoin d'être un génie pour comprendre l'intérêt de cette traduction, imaginez vous en soirée en train d'évoquer votre dernière découverte musicale :"Hey ! T'as écouté l'album d'Asgeir, Dirss i deuïthamachinchose, il est trop bien !" Le problème ici, c'est que ce n'est pas seulement le titre qui a été traduit, mais l'intégralité des paroles des chansons.
Avant de me lancer plus avant dans le décryptage de cet album, il est bon de rappeler dans quel contexte il a été composé pour donner un peu plus de relief au choix de cette traduction.
L'Islande est un point chaud de la littérature mondiale, où s'est épanouie un fameux genre littéraire, les sagas (mots que la langue française à emprunter à l'Islande et qui signifie récit), qui narrent l'histoire de personnages illustres - des rois norvégiens dans les sagas des rois norvégiens ou d'illustres explorateurs ou conquérants dans les sagas islandaises - de leur naissance à leur mort, sans oublier leur important lignage et en intégrant parfois des éléments fantastiques et mythologiques (sagas légendaires). Même si ces récits sont en parties, voir pour certains quasiment intégralement, fictionnels, ils apportent une mine d'informations sur les modes de vies de l’époque. On sait d'ailleurs que nombre de ces nordiques étaient d’habiles poètes qui composaient de la poésie scaldique. On peut citer également l'Edda poétique, notamment la Völuspa, qui avec l'Edda en prose de Snorri Suturlson sont les plus importantes ressources à notre disposition pour comprendre la mythologie nordique. Encore actuellement, l'Islande est célèbre pour ses thrillers baignés dans l'ambiance si particulière de ce pays mais possède une littérature variée que l'on ne peut limiter à ce seul genre et nous revenons doucement à notre sujet initial.
Car ce premier album est avant tout une belle histoire, celle d'un jeune homme qui tarde à s'ouvrir à la civilisation dynamique de Reykjavik, la capitale et qui reste très attaché à ses origines rurales dont on perçoit le calme et la paix dans sa musique. Mais c'est aussi un rapprochement avec son père, poète apprécié en Islande, qui lui a écrit toutes ses paroles. Il faut aussi rappeler l'attachement des islandais pour leur langue (Íslenska), la fierté de sa pureté, elle qui n'a que très peu évolué depuis plus d'un millénaire et se rapproche du vieux norrois, la langue scandinave médiévale.
Pour toutes ses raisons, on comprend aisément que cette démarche de traduire les paroles de son père, de dénaturer la sonorité si particulière de l'islandais, pour s'exporter et s'imposer aux restes du monde n'avait rien de naturel. Mais on comprend le choix du producteur, l'islandais étant une langue obscure, imprononçable pour le public étranger et aux accents rugueux pas forcement vendeur. La plupart des succès musicaux islandais ont été produits dans la langue de Shakespeare (Björk, Of monsters and men, Jón Jónsson...). Sigur Ros en est un contre exemple - me direz vous, ou pas, vous faites ce que vous voulez - Mais le succès de Sigur Ros à l'étranger s'explique - outre leur talent, qu'ils partagent avec d'autres - par un certains nombre de facteurs favorables :
- Il ne s'agit pas de chansons à texte, les paroles sont là comme instrument et le sens importe peu. D'ailleurs un bon nombre de chansons sont écrites en Volenska, langue imaginaire qui ne veut rien dire.
- Liée à cette absence de sens, la musique de Sigur Ros est universelle, la mélodie seule réveille des émotions que chacun peut ressentir, indépendamment de sa langue.
- Sigur Ros s'est exporté à l'étranger après avoir fait ses preuves dans son pays, albums après albums, et surtout s'est fait connaitre en partant en tournée avec Radiohead.
Pour Asgeir, c'est un tout autre contexte. Après un seul album, qui a connu certes un succès fulgurant et inédit en Islande (meilleure vente pour un premier album), Asgeir était absolument inconnu à l'étranger et c'est un label londonien (qui avait déjà repéré Björk) séduit, qui a parié sur lui pour l'exporter à l'étranger. Loin de moi l'idée de faire une leçon de marketing, c'était sans doute la meilleure solution que de le faire enregistrer en anglais et le succès qu'a rencontré l'album en est la preuve.
Mais quand est-il des conséquences sur la qualité artistique de l'album ? Le traducteur, John Grant, s'est attaché au mieux à respecter le sens des paroles (et mon niveau d'islandais m'interdit évidemment de vérifier la qualité de cette traduction), intention louable, mais faite parfois à l'encontre de la musicalité des paroles, renforcé par la diction d'Asgeir, moins à l'aise avec l'anglais, ce qui donne à l'ensemble un côté moins naturel, plus haché, quelque peu dommageable. On perd aussi en nuance, ou la voix légère d'Asgeir et son timbre profond colle parfaitement avec les subtilités de l'islandais, tantôt rugueux, tantôt délicat, riche en sonorité variée. D'un autre côté on peut se réjouir que la traduction du texte, même si on en perd le rythme et la mélodie (l’éternel problème dès qu'il s'agit de traduire un poème, exercice au combien périlleux) permet de faire découvrir un texte qui sinon aurait été inaccessible au profane. Regrette-t-on la traduction de l'Edda de Snorri Suturlson ou de la Völuspa ? Qui en France est capable de les lire dans leur version originale ?
Et si les sonorités de la traduction peuvent paraître moins naturelles, c'est avant tout par comparaison directe avec la version islandaise. Mais prit indépendamment, ce In The Silence est un bijou, mais Dýrð í dauðaþögn est juste un peu meilleur. Que ce soit l'une ou l'autre version, il est temps d’arrêter cette digression et de parler de la musique. Et il n'y a pas tant à dire. C'est un album de folk/pop, teinté de notes électro intégré intelligemment, aux accents heureux et chaleureux, porté par la voix aérienne et reposante d'Asgeir. Les chansons s'enchainent sans accroc, on se laisse transporter par les mélodies délicates et positives, pour 40 minutes enchanteresses. Cet album mérite clairement son succès. Et pour ne rien gâter, vous trouverez la version deluxe de l'album, comprenant les deux versions, pour à peine plus cher que le seul In The Silence, de quoi s'ouvrir à cette merveilleuse langue qu'est l'islandais. Vous n'aurez plus qu'à vous blottir au coin du feu et apprécier.
Je vous laisse vous faire votre propre opinion en écoutant les deux versions de son principal tube :
King and cross
Leyndarmál
Pour la suite, il y a fort à parier, pour les raisons déjà évoquées, pour l'attachement à la langue, à la culture, à ses racines et tout simplement à son père, qu'il retourne chanter dans sa langue natale. Et le succès de In The Silence lui a sans doute ouvert une popularité suffisante pour acquérir une certaine liberté pour son prochain album. La sortie de Dýrð í dauðaþögn aux États-Unis, dans sa version originale, semble aller en ce sens. Bæ !
jeudi 15 janvier 2015
[News] The Chopin Project - Alice Sara Ott / Ólafur Arnalds
Encore un nouveau projet pour le touche à tout islandais Ólafur Arnalds (Classique, acoustique, électro, BO...) qui s'unit cette fois à Alice Sara Ott, pianiste classique germano-japonaise et s'attaque au répertoire de Chopin, l'un des plus interprétés et réinterprétés. Il promet d'apporter sa propre touche pour un résultat non conventionnel. Sortie prévue le 15 Mars 2015 sous le titre : The Chopin Project.
Vidéo de présentation du projet :
Alice Sara Ott : Edvard Grieg - Concerto pour Piano en la mineur op 16
Ólafur Arnalds - Live on KEXP
mardi 30 décembre 2014
[Rétrospective] Sigur Rós (3/3)
Suite et fin de la retrospective des albums de Sigur Rós.
Les épisodes précédents, c'est par ici :
Episode 1
Episode 2
Valtari - Post Rock - 2012
Les épisodes précédents, c'est par ici :
Episode 1
Episode 2
Valtari - Post Rock - 2012
Après le succès mitigé de Með..., Sigur Rós retourne à la musique qui a fait son succès, le post rock. L'instrumentation est de nouveau plus variée, avec le retour d'une sonorité plus électrique mais discrète. L'ensemble garde le côté épuré entrevu sur les balades du précédent album. La musique dans sa construction reste simple sans être simpliste et renforce l'ambiance mélancolique, plus lourde pour un résultat touchant et sincère. Aucune balade enfantine ou rigolote ne vient ternir l'atmosphère de l'album, qui pourrait s'avérer pesante, si elle était dénuée d'une note d'espoir, présente comme souvent chez Sigur Rós. On y retrouve un des plus beaux morceaux du groupe, Varuð, qui à l'instar d'un Untitled #8 ou d'un Glósóli reproduit cette structure basée sur le contraste entre passage aérien et montée en puissance. Ici c'est la batterie qui vient apporter du poids et du rythme à l'envolée lyrique des chœurs pour un résultat encore plus intense et émouvant.
Cet album est également accompagné de la sortie d'un dvd qui regroupe une série de courts métrages réalisés par plusieurs réalisateurs différents mettant en image les chansons de Valtari : Le Valtari mystery film experiment et c'est sans surprise Varuð qui est le plus mis à l'honneur. La version de Ingibjörg Birgisdóttir est la plus simple, présentant une carte postale animée, où des silhouettes viennent se positionner dans les falaises avec des lampes torches, qui s'allument en même temps que la musique gagne en intensité. Je vous l'avez déjà présenté sur mon focus sur la musique islandaise et je ne peux m’empêcher de vous redonner le lien en fin d'article. Je ne vais pas aller plus en avant dans l'analyse cinématographique de cette œuvre, ce n'est pas ma spécialité. Il est juste intéressant de constater qu'une même musique peut inspirer des images très différentes selon les réalisateurs, chacun y ressentant des émotions différentes. Cette capacité à nous toucher personnellement, à faire écho à nos propres sentiments est sans doute la principale force de Sigur Rós.
Kveikur - Rock - 2013

Fin de cette rétrospective avec Kveikur, dernier album en date de Sigur Rós. Si Valtari avait pu décevoir certains par son côté très minimaliste et assez peu original, Kveikur marque quant à lui une rupture assez nette dans la discographie du groupe. Les difficultés de composition de Valtari, ainsi que le départ d'un des membres du groupe, Kjartan Sveinsson explique sans doute ce changement de cap.
Cet album est également accompagné de la sortie d'un dvd qui regroupe une série de courts métrages réalisés par plusieurs réalisateurs différents mettant en image les chansons de Valtari : Le Valtari mystery film experiment et c'est sans surprise Varuð qui est le plus mis à l'honneur. La version de Ingibjörg Birgisdóttir est la plus simple, présentant une carte postale animée, où des silhouettes viennent se positionner dans les falaises avec des lampes torches, qui s'allument en même temps que la musique gagne en intensité. Je vous l'avez déjà présenté sur mon focus sur la musique islandaise et je ne peux m’empêcher de vous redonner le lien en fin d'article. Je ne vais pas aller plus en avant dans l'analyse cinématographique de cette œuvre, ce n'est pas ma spécialité. Il est juste intéressant de constater qu'une même musique peut inspirer des images très différentes selon les réalisateurs, chacun y ressentant des émotions différentes. Cette capacité à nous toucher personnellement, à faire écho à nos propres sentiments est sans doute la principale force de Sigur Rós.
Kveikur - Rock - 2013

Fin de cette rétrospective avec Kveikur, dernier album en date de Sigur Rós. Si Valtari avait pu décevoir certains par son côté très minimaliste et assez peu original, Kveikur marque quant à lui une rupture assez nette dans la discographie du groupe. Les difficultés de composition de Valtari, ainsi que le départ d'un des membres du groupe, Kjartan Sveinsson explique sans doute ce changement de cap.
Kveikur est un album plus sombre et violent, qui se rapproche de Von. Sigur Rós fait toujours du post-rock, mais les passages planants sont réduits au minimum, pour ne conserver qu'une instrumentation qui vient alléger des passages pop et rock.
L'ensemble sonne plus spontané, moins réfléchi, pour un résultat plus accrocheur et rythmé, plus facile d'accès. Ce changement dans la construction des morceaux n’altère pourtant pas la capacité de Sigur Rós à créer de l'émotion. Les atmosphères sont toujours aussi présentes et, là encore comme pour Von, on alterne chansons sombres et lourdes avec des musiques plus légères. Si l'instrumentation et la construction des morceaux ont beaucoup évolués, l'âme et le cœur de la musique reste identique. Les morceaux Brennisteinn (lien en bas de page - morceau rendu célèbre par ces nombreuses utilisations à la télé) et Kveikur représentent parfaitement cette nouvelle orientation.
Kveikur est donc un album de rock ciselé comme une pièce d’orfèvre, riche et varié, et d'une grande beauté. Il apporte un vent de fraicheur à la discographie de Sigur Rós qui avait baissé en qualité après les deux grandes œuvres qu'étaient ( ) et Takk...
Bonus : Si vous avez la version deluxe, elle est fournit avec un vinyle 10" bonus de 3 chansons, un remix de Brennisteinn angoissant à souhait et deux morceaux figurant dans un EP promotionnel ayant accompagné la sortie du single Brennisteinn.
Liens :
Varuð par Ingibjörg Birgisdóttir : C'est ici
Brennisteinn : C'est par là
Pour résumer, je ne me suis pas lancé dans une analyse précise de la musique de Sigur Rós, car elle ne se raisonne pas, elle ne se prête pas à de grandes études, il n'y a pas de grands concepts, juste une volonté de faire une musique touchante et interprétée par chacun d'une manière différente. C'est pour cela que mon avis sur un album ne peut être considéré comme universel, il s'agit bien de mon ressenti personnel et à ce petit jeu, je vous propose mon top 3 de mes albums de Sigur Rós préférés.
3 - Kveikur
2 - Takk...
1 - ( )
Et si je devais faire découvrir le groupe, mon choix se porterait sur Takk... plus facile d'accès.
Ainsi s'achève cette rétrospective, bonne année et à bientôt pour de nouvelles aventures musicales.
lundi 29 décembre 2014
[Rétrospective] Sigur Rós (2/3)
Suite de la rétrospective sur la carrière de Sigur Rós, on attaque avec le quatrième album studio du groupe.
L'épisode précédent, c'est par ici.
Takk... - Post Rock - 2005
Après la grande réussite que fut (), Sigur Rós décide de jouer dans la continuité, gardant cet équilibre entre mélodie mélancolique et passage rock énergique. Glósóli astucieusement placé en tout début d'album jette un pont entre () et Takk..., où l'on retrouve cette construction qui progresse d'une mélodie simple et belle à l'arrivée des guitares rugissantes lors d'un final scotchant. Mais les nuances avec le précédent sont de tailles. Les ambiances tissées sont toujours aussi belles, mais moins sombres, empruntent d'une lumière, d'une note d'espoir qui réchauffe le cœur comme sur le magnifique Hoppípolla. Même dans la production et le choix des instruments, la musique dégage une forme de chaleur réconfortante. La palette des instruments s’élargit également avec la présence plus soutenue de Amiina, quatuor à cordes qui les accompagnera lors de la tournée qui suivra la sortie de l'album. Takk... perd un peu en profondeur, le ton se fait plus léger et sa construction moins ambitieuse. Mais les morceaux gagnent en autonomie et en efficacité. Le choix de ne pas nommer les chansons de () illustrait cette volonté de produire un album uni où chaque chanson faisait partie d'un tout et perdait de son intérêt isolée. Au contraire de Takk... où les pistes peuvent s'écouter séparément sans perdre de leur force, comme pour Sé lest, Sæglópur et Milanó qui forment le cœur de l’œuvre. Au final, ces deux albums sont très proches, on ressent très clairement la patte maintenant bien affirmée du groupe, mais cette même musique est traitée avec une volonté, une ambition très différente. En résultat l'apogée du groupe, avec leur deux meilleurs albums.
Hvarf/Heim (EP) - Post Rock / Rock Acoustique - 2007
Ep réunissant deux enregistrements, le premier Hvarf (disparu), composé en studio propose des chansons inédites et des reprises de vieux morceaux réarrangés, le second Heim (Maison) est un concert acoustique, enregistré dans le café Gamla Borg devant des amis du groupe.
Les trois premiers morceaux sont inédits et ils auraient été dommage d'en être privé. Sigur Rós reste dans la veine de ses précédents albums, ne révolutionnant pas sa musique, mais renforçant ici l'aspect rock, sans toutefois négliger les ambiances toujours aussi émouvante, toujours mélancolique, mais aussi plus sombre, comme sur Hljómalind, sublime et puissant. On monte encore en intensité avec Í Gær, déchirante. La suite est d'un intérêt moindre, non pas à cause d'une baisse de qualité des morceaux, mais parce qu'il s'agit de reprise de précédents morceaux, soit remixés, soit en concert acoustique. Dans les deux cas, l'apport par rapport aux versions originales est trop faible pour faire de cet EP un indispensable du groupe.
Með suð í eyrum við spilum endalaust - Folk/Pop - 2008
Pour éviter de souffrir de la difficile comparaison avec les deux précédents albums - () et Takk... - assez proches finalement, Sigur Rós décide pour ce Með suð í eyrum við spilum endalaust (assez difficile à caser en soirée) de prendre son auditoire à contre pied, avec un album très léger. On alterne entre balade folk paisible (Góðan daginn) et chansons plus pop et joyeuses, voir enfantines (Gobbledigook). Il s'agit également de leur premier album contenant une chanson en anglais All Alright, tentative sans doute de toucher un plus large public qui pourrait être rebuté par les sonorités rugueuses et un peu archaïque de l'Islandais (Íslenska) ou du Vonlenska. Il faut attendre Festival, morceau très épuré où Jónsi se retrouve accompagné de très légères nappes de clavier dans une ambiance quasi religieuse, avant une classique montée porté par la batterie et la guitare pour retrouver le style des précédents albums. Mais ici, la sauce ne prend pas et la chanson sonne un peu creux. Au final, rien de désagréable, mais un album peu profond, trop léger et épuré pour être d'un réel intérêt.
Épisode suivant : Valtari et Kveikur. Sigur Rós retrouvera-t-il le feu sacré après le décevant Með... ?
Prochaine rétrospective, on reste dans le nordique, mais on part en Suède, avec Fredrika Stahl.
L'épisode précédent, c'est par ici.
Takk... - Post Rock - 2005
Après la grande réussite que fut (), Sigur Rós décide de jouer dans la continuité, gardant cet équilibre entre mélodie mélancolique et passage rock énergique. Glósóli astucieusement placé en tout début d'album jette un pont entre () et Takk..., où l'on retrouve cette construction qui progresse d'une mélodie simple et belle à l'arrivée des guitares rugissantes lors d'un final scotchant. Mais les nuances avec le précédent sont de tailles. Les ambiances tissées sont toujours aussi belles, mais moins sombres, empruntent d'une lumière, d'une note d'espoir qui réchauffe le cœur comme sur le magnifique Hoppípolla. Même dans la production et le choix des instruments, la musique dégage une forme de chaleur réconfortante. La palette des instruments s’élargit également avec la présence plus soutenue de Amiina, quatuor à cordes qui les accompagnera lors de la tournée qui suivra la sortie de l'album. Takk... perd un peu en profondeur, le ton se fait plus léger et sa construction moins ambitieuse. Mais les morceaux gagnent en autonomie et en efficacité. Le choix de ne pas nommer les chansons de () illustrait cette volonté de produire un album uni où chaque chanson faisait partie d'un tout et perdait de son intérêt isolée. Au contraire de Takk... où les pistes peuvent s'écouter séparément sans perdre de leur force, comme pour Sé lest, Sæglópur et Milanó qui forment le cœur de l’œuvre. Au final, ces deux albums sont très proches, on ressent très clairement la patte maintenant bien affirmée du groupe, mais cette même musique est traitée avec une volonté, une ambition très différente. En résultat l'apogée du groupe, avec leur deux meilleurs albums.
Hvarf/Heim (EP) - Post Rock / Rock Acoustique - 2007
Ep réunissant deux enregistrements, le premier Hvarf (disparu), composé en studio propose des chansons inédites et des reprises de vieux morceaux réarrangés, le second Heim (Maison) est un concert acoustique, enregistré dans le café Gamla Borg devant des amis du groupe.
Les trois premiers morceaux sont inédits et ils auraient été dommage d'en être privé. Sigur Rós reste dans la veine de ses précédents albums, ne révolutionnant pas sa musique, mais renforçant ici l'aspect rock, sans toutefois négliger les ambiances toujours aussi émouvante, toujours mélancolique, mais aussi plus sombre, comme sur Hljómalind, sublime et puissant. On monte encore en intensité avec Í Gær, déchirante. La suite est d'un intérêt moindre, non pas à cause d'une baisse de qualité des morceaux, mais parce qu'il s'agit de reprise de précédents morceaux, soit remixés, soit en concert acoustique. Dans les deux cas, l'apport par rapport aux versions originales est trop faible pour faire de cet EP un indispensable du groupe.
Með suð í eyrum við spilum endalaust - Folk/Pop - 2008
Pour éviter de souffrir de la difficile comparaison avec les deux précédents albums - () et Takk... - assez proches finalement, Sigur Rós décide pour ce Með suð í eyrum við spilum endalaust (assez difficile à caser en soirée) de prendre son auditoire à contre pied, avec un album très léger. On alterne entre balade folk paisible (Góðan daginn) et chansons plus pop et joyeuses, voir enfantines (Gobbledigook). Il s'agit également de leur premier album contenant une chanson en anglais All Alright, tentative sans doute de toucher un plus large public qui pourrait être rebuté par les sonorités rugueuses et un peu archaïque de l'Islandais (Íslenska) ou du Vonlenska. Il faut attendre Festival, morceau très épuré où Jónsi se retrouve accompagné de très légères nappes de clavier dans une ambiance quasi religieuse, avant une classique montée porté par la batterie et la guitare pour retrouver le style des précédents albums. Mais ici, la sauce ne prend pas et la chanson sonne un peu creux. Au final, rien de désagréable, mais un album peu profond, trop léger et épuré pour être d'un réel intérêt. J'ai volontairement "oublié" deux EP : Ba Ba Ti Ki Di Do, pas des plus passionnant et Rimur que je ne possède pas.
Prochaine rétrospective, on reste dans le nordique, mais on part en Suède, avec Fredrika Stahl.
mardi 23 décembre 2014
[Rétrospective] Sigur Rós (1/3)
Si Sigur Rós est reconnu dans le monde entier pour sa musique unique, mélange de plage ambiante d'une grande beauté et de montée en puissance rock, beaucoup ont été surpris par le virage plus sombre de Kveikur, dernier album en date. L'occasion pour moi de faire une rétrospective de la carrière du groupe et montrer que, malgré une musique et un ton assez identifiable, Sigur Rós a su évoluer au cours de sa carrière et que certaines de ses facettes sont injustement méconnues.
Von - Post Rock - 1997
Ce premier album est très surprenant au regard de la suite de la carrière du groupe. Si l'étiquette fourre tout de Post Rock est accolée au groupe, c'est sans doute cet album qui le mérite le plus. Il s'ouvre sur une plage longue, angoissante et malsaine, qui aurait sa place comme introduction d'un album de Bathory, seul son final plein d'espoir qui vient déchirer le voile de ténèbres nous rappelle qu'on a bien à faire à du Sigur Rós. La suite est des plus éclectique, mais reste très rock dans son instrumentation et dans sa philosophie. Entre le violent Hún Jörð et le morceau suivant entrainant et aérien, c'est un album très énergique, mais dont le ton change constamment, parfois léger et plein d'espoir (c'est la signification du mot Von), parfois carrément glauque. De ce premier album, il n'en reste pas grand chose dans la suite de la carrière de Sigur Rós. Le rapport passage Rock/Ambiant sera complétement inversé, l'atmosphère oppressante sera remplacée par une musique plus légère et mélancolique. Ne reste que le langage de Jonsi, qui porte le nom de cet album, le Vonlenska, réutilisé par la suite. Un ovni musical, qui de par sa différence en fait un indispensable du groupe, qui ainsi ne souffre pas de la comparaison avec les pièces suivantes. Un album exigeant, qui ne se laisse pas apprivoiser facilement, mais d'une grande richesse et d'une grande beauté, qui s'avère être l'une des plus grandes réussites du groupe.
Ágætis byrjun - Ambiant/Electro - 1999
Après Von vendu à 313 exemplaires l'année de sa sortie, Ágætis byrjun pose les jalons du ton Sigur Rós et sera le premier vrai succès du groupe, renforcé par l'album suivant (). Par rapport à Von, l'instrumentation rock disparait presque complétement, au profit de touches électro légères qui viennent renforcer et rythmer l’acoustique dominant. L'album est presque exclusivement ambiant, tissant des mélodies tristes et joyeuses à la fois, emprunt d'une grande nostalgie, comme lorsque l'on regarde s’éloigner un ami et que l'on se remémore avec un sourire les bons moments passés ensemble, sans savoir si on le reverra, où si c'est un adieu. Chaque chanson prit séparément est un petit bijou qui nous enveloppe d'une douceur cotonneuse, un pur moment de détente, mais au sein de l'album, elles sonnent toutes comme une fin, un au revoir, ce qui donne à l'ensemble un côté répétitif, sans fin et c'est la principale faiblesse de cet album qui reste néanmoins très agréable à écouter.
( ) - Post Rock - 2002
Si () est dans la continuité de Ágætis byrjun, qui avait jeté les véritables bases de la musique de Sigur Rós, () réimplante un caractère plus sombre et rock à la musique, mais en touche beaucoup plus discrète que sur Von. Un dosage subtil qui permet à ces passages de créer un climax d'une intensité folle, qui fait de cet album, disons le tout de suite, le meilleur de Sigur Rós, et l'un des plus grand de ce début de siècle.
On pourrait diviser cet album en deux parties, la première ambiante, mélodique, magnifique, à s'en faire dresser les poils sur les bras, voir à verser quelques larmes, si on l'écoute dans un état d'esprit déjà mélancolique et la seconde plus énergique, des chansons tout en progression qui tendent vers une explosion finale. Mais là où réside la force de cet album, c'est dans sa construction, où cette progression au sein des chansons se retrouvent également tout au long de l'album, qui ne cesse de gagner en intensité. Il n'y a pas de césure marquée mais une transition logique, en douceur vers les deux pôles de l'album. On arrive au dernier morceau complétement désarmée, la sensibilité à fleur de peau, pensant déjà avoir tout entendu et c'est là qu'arrive ce climax, que Sigur Rós a mis plus d'une heure à construire. On touche au sublime et à la grâce, la musique pénètre notre âme et on sort de cette écoute touché, marqué à jamais. Plus qu'un album, c'est une expérience à vivre, un de ses rares albums qui transcendent la musique.
Prochains épisodes :
(2/3) - Takk, Hvarf/Heim, Með suð í eyrum við spilum endalaust
(3/3) - Valtari (+The Valtari Mystery Film Experiment), Kveikur
jeudi 11 décembre 2014
[News] Ólafur Arnalds - Trailer de la nouvelle saison de Broadchuch
Après une première saison de grande qualité, recueillant succès populaires et critiques, Broadchurch revient le 5 Janvier sur la chaine britannique ITV.
Ólafur Arnalds est toujours au commande de la musique et nous annonce plus de 5 nouvelles heures composées.
Avec David Tennant et Olivia Colman qui reprennent leur rôle, on est en droit d’espérer une nouvelle grande expérience télévisuelle.
Vous pouvez vous faire une première idée en regardant le trailer officiel :
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