Ólafur Arnalds nous en dit un peu plus sur son Chopin Project avec Alice Sara Ott à travers ce premier extrait : Verses. Sortie prévu le 16 mars 2015. Il a travaillé avec des équipements vintage pour donner un aspect mélancolique à sa musique (c'est vrai que la musique de Chopin est à la base des plus joyeuses...).
Ólafur : "Verses est une nouvelle composition, de moi, qui utilise le fameux motif pour main droite de la sonate pour piano No3 de Chopin et est suivie par cette partie de la sonate jouée dans sa version originale par Alice. [...] Donc vous entendez le premier motif recomposé, arrangé pour un quartet à corde et puis juste quelques minutes vous l'entendrez dans son état d'origine jouée au piano. Ceux que je voulais montrer à mes auditeurs qui est clairement ceux que je fait avec Verses, c'est qu'ils pourraient ne pas réaliser que cette musique est composée autour d'un motif de la sonate à moins qu'ils n'écoutent l'original à côté."
Bardi nous explique pourquoi il a tant tardé à sortir un nouvel album de Bang Gang, nous parle un peu de son contenu, de ses inspirations et distille deux trois informations sur lui même. Et annonce la sortie du futur Starwalker.
Traduction de l'interview visible ici (en anglais, je ne traduis pas encore l'Islandais^^) :
Bon retour, Bang Gang, vous nous avez manqué ! La question sur toutes les lèvres, qu'est-ce qui vous a pris si longtemps ?
Merci. J'ai été coincé sur d'autres projets jusqu'à maintenant. J'ai écrit un Opera Lady&Bird avec Keren Ann et réalisé l'album, réalisé un EP avec mon nouveau projet Starwalker avec Jean Benoit Dunckel (Air, Darkel, Tomorrow's World), la BO de quelques films comme "De Toutes Nos Forces", "Would you Rather" (Avec Daniel Hunt / Ladytron), réalisé une sélection de mes travaux sur des films et aux théatres (selection of film and theater works of Bardi Johannsson), produit et co-écrit pour quelques artistes et réalisé un best of de Bang Gang (Best of Bang Gang), pour ne citer que les principaux projets musicaux. Puis j'ai été à quelques assemblées pour le Best Party (Besti flokkurinn,partie politique islandais de centre gauche)à Reykjavík...
Très occupé donc ! Bref, nous avons aimé "Out of Horizon" et votre description : "Un chemin vers l'espace inconnu où tout est accepté et rien n'est condamné" est succinct et intriguant. Qu'est-ce qui a déclenché l'idée pour cette chanson ?
Beaucoup de chansons de Bang Gang sont un peu mélancolique, musicalement et dans les paroles. L'album à venir est très diversifié. Il alterne les chansons les plus sombre que j'ai écrite avec les plus joyeuses. Je pense que les gens sont en général trop réservés et timides. Comment savez vous si vous aimez quelque chose ou non, si vous n'avez pas essayés ?Nous faisons des erreurs, parfois elles nous rendent triste, parfois c'est une révolution. Ces chansons sont un rappel pour moi même pour être plus libre.
Et cet esprit de libération est-il un thème pour le prochain album ? Si vous pouvez déjà nous le révéler, quel en sera le sentiment général ?
Globalement, vous ferez le tour complet des émotions. Tout de la vie à la mort. Il y aura des cœurs brisés, de la noirceur, le plus pur des amours, la confusion, la libération, la mort, la mélancolie et la tristesse.
Qu'est-ce qui vous inspire au quotidien ?
Mon inspiration est principalement guidé par de noires images, des instruments, du sexe et de la curiosité.
2015 est bien partie pour être une super année, mais quel est votre moment favori de 2014 ?
2015 sera à coup sur une merveilleuse année ! Mes moments favoris en 2014 sont tous ceux passés avec ma fille.
Et finalement, pouvons nous également attendre plus d'aventures de Starwalker dans un futur proche ?
Nous avons un album complet de Starwakler prêt. Moi et JB (Dunckel) cherchons à réaliser nos projets solo avant que l'album entier de Starwalker ne sorte. Donc d'abord il y aura Bang Gang et ensuite l'album de Starwalker, probablement à la fin de l'été.
Super nouvelle ! Takk fyrir (merci beaucoup), Bardi!
Face Claire (Pour finir la semaine sur une bonne note)
Un clip un peu cheap pour ce morceau de Rock Progressif de Maschera di cera, solide formation italienne, qui officie dans un certains anonymat depuis 2001 et qui a déjà à son actif 5 albums. Ce morceau, Orpheus, est extrait de leur troisième cd sorti en 2006 : LuxAde. Du Prog' classique mais efficace.
Face Sombre (Pour déprimer seul ce week end)
Coil est un groupe culte de la scène Indus et Electro. Sombre, malsain, glauque, terrifiant, tout est résumé dans ce clip (réunissant Five minutes after violent death et Golden section de l'album Horse Rotorvator), dont la musique stressante et angoissante illustre parfaitement les scènes tirées du film Haxan, posant les jalons de l'imagerie occulte au cinéma (en 1922).
Chaque vendredi, je vous posterais une vidéo musicale qui mérite d'être partagée (selon moi).
Pour cette première, un artiste américain, Mike Hadreas alias Perfume Genius, qui propose de la pop/folk avec quelques accents electro.C'est plutôt léger, facile d'accès avec quelques passages aériens du plus bel effet.
Le morceau présenté ici, Queen, est extrait du troisième et dernier album en date de Perfume Genius, Too Bright, sorti en 2014, les deux précédents étant Put Your Back N 2 It (2012) et Learning (2010)
Bang Gang sortira son nouveau single le 2 Février. Il dévoilera la pochette prochainement sur son compte Facebook. Rappelons que si Barði Jóhannsson reste actif à travers ses divers projets annexes, le dernier album de Bang Gang date déjà de 2008.
Plus qu'une simple chronique, cet album In the Silence est l'occasion de soulever un certain nombre de réflexions sur la domination de l'anglais sur le marché de la musique et la difficulté pour des "petits pays" comme l'Islande d'exporter leur culture en la gardant intact. Pourquoi en parler pour ce second album d'Asgeir ? Tout simplement car In The Silence est en réalité la simple traduction en anglais de son premier album Dýrð í dauðaþögn. Pas besoin d'être un génie pour comprendre l'intérêt de cette traduction, imaginez vous en soirée en train d'évoquer votre dernière découverte musicale :"Hey ! T'as écouté l'album d'Asgeir, Dirss i deuïthamachinchose, il est trop bien !" Le problème ici, c'est que ce n'est pas seulement le titre qui a été traduit, mais l'intégralité des paroles des chansons.
Avant de me lancer plus avant dans le décryptage de cet album, il est bon de rappeler dans quel contexte il a été composé pour donner un peu plus de relief au choix de cette traduction.
L'Islande est un point chaud de la littérature mondiale, où s'est épanouie un fameux genre littéraire, les sagas (mots que la langue française à emprunter à l'Islande et qui signifie récit), qui narrent l'histoire de personnages illustres - des rois norvégiens dans les sagas des rois norvégiens ou d'illustres explorateurs ou conquérants dans les sagas islandaises - de leur naissance à leur mort, sans oublier leur important lignage et en intégrant parfois des éléments fantastiques et mythologiques (sagas légendaires). Même si ces récits sont en parties, voir pour certains quasiment intégralement, fictionnels, ils apportent une mine d'informations sur les modes de vies de l’époque. On sait d'ailleurs que nombre de ces nordiques étaient d’habiles poètes qui composaient de la poésie scaldique. On peut citer également l'Edda poétique, notamment la Völuspa, qui avec l'Edda en prose de Snorri Suturlson sont les plus importantes ressources à notre disposition pour comprendre la mythologie nordique. Encore actuellement, l'Islande est célèbre pour ses thrillers baignés dans l'ambiance si particulière de ce pays mais possède une littérature variée que l'on ne peut limiter à ce seul genre et nous revenons doucement à notre sujet initial.
Car ce premier album est avant tout une belle histoire, celle d'un jeune homme qui tarde à s'ouvrir à la civilisation dynamique de Reykjavik, la capitale et qui reste très attaché à ses origines rurales dont on perçoit le calme et la paix dans sa musique. Mais c'est aussi un rapprochement avec son père, poète apprécié en Islande, qui lui a écrit toutes ses paroles. Il faut aussi rappeler l'attachement des islandais pour leur langue (Íslenska), la fierté de sa pureté, elle qui n'a que très peu évolué depuis plus d'un millénaire et se rapproche du vieux norrois, la langue scandinave médiévale.
Pour toutes ses raisons, on comprend aisément que cette démarche de traduire les paroles de son père, de dénaturer la sonorité si particulière de l'islandais, pour s'exporter et s'imposer aux restes du monde n'avait rien de naturel. Mais on comprend le choix du producteur, l'islandais étant une langue obscure, imprononçable pour le public étranger et aux accents rugueux pas forcement vendeur. La plupart des succès musicaux islandais ont été produits dans la langue de Shakespeare (Björk, Of monsters and men, Jón Jónsson...). Sigur Ros en est un contre exemple - me direz vous, ou pas, vous faites ce que vous voulez - Mais le succès de Sigur Ros à l'étranger s'explique - outre leur talent, qu'ils partagent avec d'autres - par un certains nombre de facteurs favorables :
- Il ne s'agit pas de chansons à texte, les paroles sont là comme instrument et le sens importe peu. D'ailleurs un bon nombre de chansons sont écrites en Volenska, langue imaginaire qui ne veut rien dire.
- Liée à cette absence de sens, la musique de Sigur Ros est universelle, la mélodie seule réveille des émotions que chacun peut ressentir, indépendamment de sa langue.
- Sigur Ros s'est exporté à l'étranger après avoir fait ses preuves dans son pays, albums après albums, et surtout s'est fait connaitre en partant en tournée avec Radiohead.
Pour Asgeir, c'est un tout autre contexte. Après un seul album, qui a connu certes un succès fulgurant et inédit en Islande (meilleure vente pour un premier album), Asgeir était absolument inconnu à l'étranger et c'est un label londonien (qui avait déjà repéré Björk) séduit, qui a parié sur lui pour l'exporter à l'étranger. Loin de moi l'idée de faire une leçon de marketing, c'était sans doute la meilleure solution que de le faire enregistrer en anglais et le succès qu'a rencontré l'album en est la preuve.
Mais quand est-il des conséquences sur la qualité artistique de l'album ? Le traducteur, John Grant, s'est attaché au mieux à respecter le sens des paroles (et mon niveau d'islandais m'interdit évidemment de vérifier la qualité de cette traduction), intention louable, mais faite parfois à l'encontre de la musicalité des paroles, renforcé par la diction d'Asgeir, moins à l'aise avec l'anglais, ce qui donne à l'ensemble un côté moins naturel, plus haché, quelque peu dommageable. On perd aussi en nuance, ou la voix légère d'Asgeir et son timbre profond colle parfaitement avec les subtilités de l'islandais, tantôt rugueux, tantôt délicat, riche en sonorité variée. D'un autre côté on peut se réjouir que la traduction du texte, même si on en perd le rythme et la mélodie (l’éternel problème dès qu'il s'agit de traduire un poème, exercice au combien périlleux) permet de faire découvrir un texte qui sinon aurait été inaccessible au profane. Regrette-t-on la traduction de l'Edda de Snorri Suturlson ou de la Völuspa ? Qui en France est capable de les lire dans leur version originale ?
Et si les sonorités de la traduction peuvent paraître moins naturelles, c'est avant tout par comparaison directe avec la version islandaise. Mais prit indépendamment, ce In The Silence est un bijou, mais Dýrð í dauðaþögn est juste un peu meilleur. Que ce soit l'une ou l'autre version, il est temps d’arrêter cette digression et de parler de la musique. Et il n'y a pas tant à dire. C'est un album de folk/pop, teinté de notes électro intégré intelligemment, aux accents heureux et chaleureux, porté par la voix aérienne et reposante d'Asgeir. Les chansons s'enchainent sans accroc, on se laisse transporter par les mélodies délicates et positives, pour 40 minutes enchanteresses. Cet album mérite clairement son succès. Et pour ne rien gâter, vous trouverez la version deluxe de l'album, comprenant les deux versions, pour à peine plus cher que le seul In The Silence, de quoi s'ouvrir à cette merveilleuse langue qu'est l'islandais. Vous n'aurez plus qu'à vous blottir au coin du feu et apprécier.
Je vous laisse vous faire votre propre opinion en écoutant les deux versions de son principal tube :
King and cross
Leyndarmál
Pour la suite, il y a fort à parier, pour les raisons déjà évoquées, pour l'attachement à la langue, à la culture, à ses racines et tout simplement à son père, qu'il retourne chanter dans sa langue natale. Et le succès de In The Silence lui a sans doute ouvert une popularité suffisante pour acquérir une certaine liberté pour son prochain album. La sortie de Dýrð í dauðaþögn aux États-Unis, dans sa version originale, semble aller en ce sens. Bæ !
Encore un nouveau projet pour le touche à tout islandais Ólafur Arnalds (Classique, acoustique, électro, BO...) qui s'unit cette fois à Alice Sara Ott, pianiste classique germano-japonaise et s'attaque au répertoire de Chopin, l'un des plus interprétés et réinterprétés. Il promet d'apporter sa propre touche pour un résultat non conventionnel. Sortie prévue le 15 Mars 2015 sous le titre : The Chopin Project.
Vidéo de présentation du projet :
Alice Sara Ott : Edvard Grieg - Concerto pour Piano en la mineur op 16